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Un rapport publié par la Chambre régionale des comptes sur la Chambre de métiers et de l’artisanat de La Réunion relève la situation préoccupante de l’apprentissage sur l’île.
Contrairement à la tendance générale de développement de l’apprentissage, la CMAR a enregistré une forte diminution de ses effectifs ces dernières années : de 1 290 apprentis en 2022, le nombre est tombé à 1 010 en 2024 (-21,7%). Cette baisse s’illustre par des formations dispensées avec des effectifs particulièrement réduits et un recul notable dans le secteur du bâtiment, pourtant en forte demande. Une situation aggravée par un taux élevé d’abandons en cours de formation (40% de rupture anticipée en 2024).
L’offre de la formation à La Réunion
Le secteur de la formation à La Réunion a été profondément transformé par la loi « Avenir professionnel » du 5 septembre 2018 qui a libéralisé le marché de l’apprentissage, entraînant une augmentation spectaculaire du nombre d’organismes de formation.
Avant 2018, l’île comptait seulement 11 établissements de formation professionnelle. En 2024, ce chiffre est passé à plus de 1 000 organismes de formation et 195 centres de formation des apprentis (CFA).
Cette libéralisation du marché a engendré une concurrence accrue pour les acteurs historiques comme la CMAR, désormais confrontés à la difficulté de passer d’une logique de marchés captifs à une logique de marchés à conquérir. Cette concurrence est particulièrement forte pour les formations de niveau 3 (équivalent CAP), notamment en maçonnerie, esthétique, coiffure, boucherie, charcuterie et traiteur.
La CMAR en difficulté
Bien que disposant d’une offre de formation variée avec 92 diplômes ou titres professionnels, étant notamment la seule structure à La Réunion à proposer certaines formations à des métiers porteurs (comme le BTS opticien-lunetier ou divers CAP dans le bâtiment et l’automobile), la CMAR fait face à plusieurs difficultés importantes :
- Faiblesse des effectifs : Pour de nombreuses formations, y compris celles menant à des métiers porteurs, le nombre d’apprentis est très limité, voire « dérisoire ». Cette situation a contraint la CMAR à renoncer à certains titres professionnels.
- Déficit des filières : Le maintien de sections à faible effectif, bien qu’indispensable pour la survie de certaines filières sur un territoire insulaire, génère des déficits. En 2023, la CMAR estime son manque à gagner à 936 € en moyenne par contrat, soit près de 2 M€ sur l’année.
Le nombre d’apprentis a connu des baisses importantes ces dernières années. Le nombre d’entrées en contrat d’apprentissage est ainsi en diminution constante depuis 2022. En 2024, les effectifs d’apprentis étaient inférieurs de 10,1 % à ceux de 2019 (avant la crise du coronavirus).
Le rapport relève également un taux élevé de rupture des contrats d’apprentissage : en 2024, le taux de rupture net (après replacements) atteignait 27,7 %, soit le plus élevé depuis 2019.
Fort impact de la baisse des NPEC
La situation financière de la CMAR est aggravée par la réduction des Niveaux de Prise en Charge (NPEC) des contrats par France Compétences.
Des diminutions successives des NPEC ont eu lieu en 2022 (-2,7 %) et 2023 (-5,2 %) et la CMAR estime la baisse globale à 7,4 % pour les formations de l’artisanat et même 8 % pour les CAP. D’après l’organisme, la seule baisse des NPEC aurait engendré un manque à gagner supplémentaire de 0,6 M€ en 2023.
De plus, l’absence de différenciation des NPEC entre la métropole et l’outre-mer crée une difficulté supplémentaire compte tenu du coût de la vie plus élevé à La Réunion. Cette pression financière a conduit le budget d’apprentissage de la CMAR à être déficitaire de près de 0,17 M€ en 2023.
La situation de l’apprentissage à la Réunion est ainsi marquée par un marché devenu très concurrentiel, une baisse tendancielle du nombre d’apprentis et une pression financière accrue due à la baisse des NPEC. Ces défis appellent à une réflexion urgente sur le financement structurel de la formation sur le territoire, en concertation avec la Région et l’État.
Consulter le rapport complet de la Chambre régionale des comptes ici.
Crédits photo: amorn, AdobeStock



